27 juin 2008

Textes courts et poésies

Dans la maison de l’ange.

 


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Vers son paradis lointain

- Ce qu’il nomme ainsi -

A trois heures d’Athènes,

La route serpente,

Traverse des frontières insensées,

Par des courbes abruptes et sinueuses,

Au travers de plaines asséchées

Et de forêts languissantes.

Encore surpris de l’invitation,

Mais fatigué du chemin,

J’arrive dans la maison de l’ange,

Et salue la mère de l’ange.

Et le père de l’ange,

Hypnotisé devant son écran,

N’a pas un regard.

Nous sortons, plus tard,

Lorsque le soleil s’est couché,

La tiédeur retirée.

Place du village,

Vers le port,

Dans un bar bleu et blanc,

Patientent les amis de l’ange.

En cette nuit douce et rare,

Sans présence ni clameur,

Piquetée des clapotis de l’eau

Sur les murets de pierre

Et les ancres levées,

Les caïques bariolés,

Au grès des flots se déhanchent.

Et cette première nuit là,

L’ange à mes côtés,

Dors, le corps tourmenté,

L’âme sans joie,

Son souffle régulier,

Sur le ventre,

Le corps négligé.

Aux confins du Péloponnèse,

Je me suis éveillé.

Cinq fois, je l’ai regardé

Dormir.

Et le lendemain,

Surpris de ma propre patience,

J’ai marché dans les pas de l’ange.

Sur les plages désertes,

Vers le sommet des montagnes,

L’ange à mes côtés,

Toujours,

Souffre le monde,

De ses grands yeux verts,

Alors que je m’attache à l’aimer.

Oscillant entre rester et fuir,

Durant ses absences,

Suscitant son souvenir,

L’ange inaccessible,

A l’abri de ses murailles,

Au bas des montagnes,

M’a rendu négligeable.

Puis à l’instant du retour,

Ayant remercié la mère de l’ange,

Salué le père de l’ange,

Je me suis baigné. Seul.

Là où la mer emporte les corps,

Lèche les débris de nos rejets

Et les emporte,

J’ai compris ma différence.

 

 

 

 

 

 

 

Il avait dit (le départ)

 

Il avait dit : « La notion du temps dépend du degré de conscience.

En période stable, il apparaîtra rectiligne et immuable.

Un état de lucidité perturbée influe l’instant.

La réalité est le segment de force tendu entre tous ces bouleversements. »

 

 

 

C’était là, qu’il venait de disparaître,

Et l’air portait encore la marque de son passage.

Mon regard accroché au vide mendiait,

Une dernière fois,

La trace de ses pas, le timbre de sa voix.

Une bourrasque éloigna le reste.

 

Il faisait doux, ce jour là.

Un soleil distrait

Caressait l’église de la Place aux Herbes.
Et cet idiot de perroquet heureux,

Sur son perchoir attentif aux passants,

Parodiait mes regrets.

Sur un coup de vent,

Un nouveau courant d’air,

Le souvenir s’en fût,

Au café des beaux-arts,

Précédé de ces mots :

« Alors, tu pars ? »

 

Depuis cet instant,

Les rappels de mémoire,

Mêlés au futile et incessants,

Me laissent condamné de toi.

Mais, dis-moi :

Est-ce ainsi que les choses vont,

Mon amour ? Vraiment,

Est-ce ainsi que nous passons ?

 

Plus tard, oui, bien plus tard,

On le devine toujours,

Reviendront les gestes d’hier :

Avancer un pas, puis un autre,

Ouvrir une porte,

Contempler le ciel,

Se nourrir, bien sûr,

Sourire à l’inhabituel.

Alors, nous nous dirigerons,

Par petits pas,

Ma faiblesse et moi,

Chacun à notre tour,

Chacun à son rythme,

Vers le même but.

 

Aux alentours de dix-sept heures,

Je me souvins de ma maison ;

Mon corps m’y emmena.

 

 

 

 

 

 

 

Boulevard Rocheplatte
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Une feuille d'érable,

En forme de main,

Sèche et voutée,

Heurtée par le vent,

S’enfuit de la tourbe

Et traverse la chaussée.

Elle abandonne le jardin,

Longe l’avenue,

Horrible et décharnée.

Ses crocs bien plantés,

Elle va, sautille, se rétracte

Et s’arrête un instant

A la poubelle du parc.

Puis elle repart, tourmentée,

Penaude, détalant du trottoir,

Evitant une flaque, lorsque

Par une rafale retournée,

Pattes en l’air, sur le dos,

Elle glisse vers la route,

La traverse à moitié,

Et se fixe là, épuisée,

Vite écrasée.

Ventre béant, offert et lassé,

La main ouverte implore

Une dernière fois le ciel,

Se plie, abandonne et succombe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

X EST

 

 

 

 

X est jaloux. Aimant jaloux.

Sans partage,

X est.


X m’a posé,

Là,

A l’écarts des sentiments,

Il m’ouvre ses chemins,

Et propose des rencontres.

Mais X est

Jaloux.

Aimant jaloux.


Au fond de ses impasses, de ses horizons clos,

Je reste vide

Au cœur du vide de X.

X jaloux,

Amant jaloux.


X est fatigue

Qui  ravive la lourde traîne du passé.

Et lorsque X est là,

Presque avec hasard,

Mais vivant

Chez moi,

Je me prosterne devant X.

Toujours.


Devant X,

L’amant jaloux,

A genoux,

Je reste coi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Mal Confiance.
(Chanson pirate)


1
Mon corps n’est plus.
Mon âme vire au désert.
Le sable grignote
La verdure et l’eau,
L’oasis de mon cœur.


(Le chœur des pirates) :
Se souvient-il, le naufragé solitaire
Que le morceau de bois
Auquel il s’accroche
Est aussi perdu que lui ?


2
Ô dieux de l’amour,
Du mensonge et de l’art
Délivrez-moi du bien.
Ma maison de bois rouge
Raconte les signes du passé.


(Chorus des jeunes filles otages) :
As-tu perçu l’étendue de mon sentiment ?
L’infini de cet océan sur lequel ton âme divague
A la recherche d’elle-même ?
Ne retrouves-tu pas là
Les raisons mortes de la rencontre ?


3
Et si tu pleures,
Jette, jette, jette
Jette le mouchoir.
Que peux-tu encore vouloir
A ces yeux secs ?


(Le chœur des pirates, en riant)
Et jette le nez avec…


4
De drames en mélodrames.
Forcenés et garantis.
La loyauté s’enflamme,
Disparaît.
Et toi tu dis :
(Pirates et jeunes filles ensembles) :
Trop de souvenirs.
Point de rappels.
Je m’anéantis en toi.
Et quand tu laisseras
La place aux secrets,
Nos mondes ne se mélangeront plus,
Le faible lien de nos pensées expirera.


5
Sur l’île ou tu m’as donné ton corps,
Sauras-tu saisir une part de ces souvenirs,
Avant que monstres et gorgones
N’attaquent et ne déchirent l’union ?
L’affection ?
L’enthousiasme de l’Enfin ?


6
Corps, âme, esprit désunis,
Ne pouvant se retrouver dans le rêve
Partent avec espoir,
En voyage sur les vagues de ce qui fut,
Visiter les morts,
Amadouer les vivants
Ou les tuer !
Les dépouiller !
Mais qui es-tu ?
Qui étais-tu, avant ?


7
Cherche la sortie vers tes songes,
Et confie l’espoir d’une nouvelle existence à…
(Choeur des pirates) :
L’Inconnu !
L’Inconnu !
L’Inconnu !
(Tous ensembles) :
Ta souffrance,
Et ta force :

La mal-confiance…
La mal-confiance…
La mal-confiance…

 

 

 

 

 

 

 

Et

 

Mon corps, étonné de vieillir,

Regarde les signes du passé venir à leur tour.

Et ma vie, de petits riens pris au sérieux,

S’effiloche et tente encore de séduire.

Elle y réussit parfois.

 

Mais ce soir, tous ces bruits m’aspirent,

Me grignotent.

Ces voix et ces cris me rongent, m’érodent,

M’exténuent.

Je pense à ma maison aux murs jaunis,

Ce rien, ce pas grand-chose,

Modeste exil.

Un abri contre le temps,

Mais inutile.

Car c’est de dedans que vient la mort.

 

Je n’ai pas, pas encore, trouvé de sens à ma vie.

Les points cardinaux appartiennent

Aux montagnes mes amies,

Et à la mer lourde.

Je reconnais alors être dépassé par ce monde qui,

C’est stupide,

Ne m’a jamais accueilli,
Même si quelques fois j’y pleure.

Et ce soir, avec respect et amertume,

Je délaisse les Hommes.

 

Entre voir et regarder,

Se glisse l’instant propice

Ou l’âme monte et tombe,

Suit le rythme et les flux de l’air,

Qui ne cesse de manquer

Et n’est pas le vent.

 

Mais qu’importe finalement,

Ici ou ailleurs,

Puisque la mort vient de l’intérieur.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le jardin

 


Cinq marches vers un paradis.
Le soleil s’est levé sur le vert.
Les ombres survolent le temps.
Pierres des limites une toison.
Et un tissu de fleurs.
Le livre rose des esprits succombe.
Au pourquoi et au comment de la chose.
Cinq araignées sur un fusil de mai,
Une toile tissée sur mes trous de mémoire.
Et escalader le vide,
Et reculer et tomber.
Le jardin s’assoupit,
Et la ville le suit.